Dans
le domaine artistique aussi, la Polynésie orientale
constituait une région distincte.
Au contraire de la Mélanésie par exemple où les
figures sont souvent abstraites et polychromes,
la sculpture polynésienne est rarement peinte et
relativement réaliste.
Mais peut-on parler d'art chez les Polynésiens alors
qu'il ne fut jamais un but en soi mais eut surtout
une fonction religieuse ou décorative ?
Les statuettes anthropomorphes de bois ou de pierre
appelées ti'i ou tiki avaient une signification
religieuse alors que des objets utilitaires ou de
parure étaient tout simplement ornés de motifs décoratifs.
Les Marquisiens occupaient la première place dans
cet art décoratif, car les artisans couvraient la
surface de tous les objets de dessins compliqués,
souvent tirés des formes du corps humain.
Il est d'ailleurs étonnant que leurs tapa ne
soient jamais décorés alors que les artistes des
Tonga et des Samoa, inférieurs dans les autres arts,
furent les maîtres dans le décor des tissus.
Les
pétroglyphes sont les gravures les moins connues
de la représentation graphique pratiquée par les
Polynésiens. C'est
surtout dans les îles de la Société que l'on peut
voir ces pierres gravées.
Personnages stylisés et costume de chef de
deuil à Tahiti ou, tortues et poissons à Bora Bora.
Le
célèbre tiki, nom marquisien du ti'i de Tahiti,
se trouve dans divers états: ornant des peignes
ou des manches d'éventails il est généralement très
finement sculpté. En bois, de taille supérieure,
il avait peut-être déjà ainsi une fonction religieuse.
On le trouve en poteaux, en statuettes individuelles
de 30 cm en moyenne, ou sous forme d'éléments de
pirogues. Bien que l'on puisse reconstituer
l'emploi de certains de ces éléments, comme le taquet
par exemple, on ignore si ces sculptures fonctionnaient
sur les pirogues comme des emblèmes du propriétaire
ou comme une indispensable représentation des dieux
au cours des déplacements.
Les
ti'i de pierre ou de corail plus grossièrement travaillés
se trouvaient d'ordinaire sur les marae ou aux limites
de terres sacrées.
Aux
Australes, où l'art décoratif est sans doute le
plus caractéristique de notre Polynésie, les objets
de prestige, généralement en bois, étaient sculptés
de très fins motifs géométriques. Sur les
socles de tambour notamment, les représentations
humaines sont tout à fait particulières et n'ont
rien de commun avec le fameux tiki qui semble être
hélas aujourd'hui, le seul symbole de l'art polynésien.