|
Cet
artiste, né dans la patrie des Constable, des Bonington
et des Turner, la terre d'élection des grands
aquarellistes modernes, aimait à dire que Tahiti était
pour lui le "Paradis des aquarellistes".
Un
écossais, fils de pasteur. Ecolier, l'instituteur d'un quartier d'Aberdeen
lui montra comment on s'y prenait pour exécuter une
aquarelle. Cette première leçon devait le mener fort loin.
Orphelin, son tuteur le place dans une banque à
Londres. C'est pour lui l'occasion de suivre les cours du
soir à la School of Arts de St Martin.
Il profite de ses week-end pour aller laver des
aquarelles dans le district des lacs. Il est attiré par l'eau. De fil en aiguille, le voici embarqué sur un
terre-neuvas. Il en tire un reportage illustré sur la pêche
à la morue que le London Illustrated News
accepte. Il touche pour cela une noble rétribution de 11
guinées, le premier argent qu'il gagne par son pinceau
! Il a bientôt la chance de pouvoir accrocher une
aquarelle du pont de Blackfriards, sur la Tamise, à une
exposition de la "Royal Academy". Elle mérita les
éloges de George Moor, le critique d'art du Times. Le voilà
lancé. Une quinzaine d'années il vivra au coeur de la
Cité, professant son art et peignant à son gré. C'est au cours de cette période qu'il exécute
peintures et dessins qui seront publiés en 1917 sous le
titre London Recalled, un très bel ouvrage d'art, dont
le grand écrivain anglais E. Beresford Chancellor avait
accepté de commenter les illustrations. Bon nombre des aquarelles figurant dans ce livre,
exposées à la Cité, figurent aujourd'hui dans les
collections Guildhall Art Gallery.
Mac
Donald circula, alors, son pinceau à la main en France,
en Italie, en Sicile. Il aimait aussi s'installer à bord d'un tramper
pour jouir en peintre des choses de la mer. Ainsi, après la première guerre
mondiale, mit-il le cap sur la Nouvelle-Zélande, Il n'y parvint
du reste pas, semble-t-il. Une escale à Tahiti l'ayant retenu en 1921 sur
cette terre qui allait devenir sa seconde patrie et dont
le ciel, les lagons et les montagnes l'enthousiasmèrent. Ce qui nous permet de le classer parmi les
artistes qui auront été comme ensorcelés par Tahiti.
Ensorcelé jusqu'à son dernier souffle.
Plus
de vingt ans de présence dans l'archipel, en trois
séjours, font de Mac Donald un peintre de Tahiti
à part entière. D'humeur assez
vagabonde, il habita dans tous les coins de
l'île, à Patutoa, puis à Pirae, à Paea
aussi. Il circula dans les archipels, alla
passer une saison de plonge aux Tuamotu pour y visiter les îles basses.
Volontiers il demandait l'hospitalité à ses amis Hall et Nordman à Pao Pao. Moorea sera
sa dernière escale. C'est là qu'il s'installera en
1951 et où la mort viendra le prendre à 95 ans, alors
qu'il peignait encore malgré une vue défaillante.
Uniquement
intéressé par son art, Mac Donald était un homme
d'humeur paisible et de moeurs simples.
Il vivait en communion avec la nature, détaché
des biens de ce monde. Au directeur de l'Artist Fund, qui, sur la fin de
ses jours proposait à ce vieillard de 90 ans une aide
matérielle, il répondait :"Tant que j'ai six mois
d'avance, je n'ai besoin de rien." Même à la fin
de ses jours ses aquarelles "partaient" bien.
Touristes, européens ou indigènes, chacun était
content de retrouver un paysage familier qu'on avait
souvent vu faire.
Par ailleurs, il n'avait pas de grosses prétentions
financières. Dans les années trente, Mac Donald demandait de
150 à 300 francs pour une aquarelle, c'était donné. Après sa mort on les payait déjà dix fois
plus. Et aujourd'hui
!
Envoûté
par Tahiti, Mac Donald avait comme la religion de sa
lumière et de son atmosphère. Mais il considérait les couleurs à l'huile
comme trop criardes, trop violentes pour rendre ce que
lui inspiraient les spectacles qu'il avait sous les yeux
et, sans trêve ni relâche, il s'efforçait de
reproduire l'incessante mobilité et jusqu'au
frissonnement de la lumière sur les choses, les
moindres vibrations d'un paysage, les nuances les plus
furtives de l'atmosphère. On croit reconnaître dans ses meilleures oeuvres
le bruit de l'eau sur la plage, le souffle de l'alizé
dans les nuages, le cri d'un oiseau de mer qui balaie
d'une aile rapide la surface du lagon.
L'aquarelle
! Il aime le moyen d'expression direct et immédiat qui
autorise la notation quasi instantanée d'une
impression, sa rapidité, sa légèreté, sa souplesse
et sa fraîcheur aussi, et la franchise de ses coloris. Car l'emploi de tons purs, intenses, à touches
denses, lui permet aussi de puissants effets. Oui, Mac Donald est un remarquable aquarelliste,
technicien consommé en même temps qu'artiste sensible
et délicat. Il est aussi à son aise dans la fantasmagorie
lumineuse d'un coucher de soleil derrière Moorea que
dans la hardiesse tragique et austère de la baie de
Cook.
Il
a du laisser des oeuvres nombreuses. Que sont-elles devenues ?
Avec
son insouciance d'enfant trop gâté par les dieux
quotidiens et sa négligence congénitale du passé,
Tahiti n'a jamais songé à recueillir une seule "série" d'aquarelles de Mac Donald. On devine ce qu'auraient pu nous apporter des
vues comparables de telle baie ou de telle plage, de
telle vallée ou de tel motu effectuées par l'artiste
sous des éclairages différents, aux clartés mouvantes
du soleil ou sous les pâles reflets immobiles de la
lune, à toutes les heures du jour ou de la nuit, par
tous les temps. Ne rêvons pas. Aucune
"série" de Mac Donald n'a été
conservée à l'instar de certaines "suites"
de
Monet.
Toutes ses aquarelles s'en sont allées se perdre,
de droite ou de gauche, selon leurs destins individuels,
souvenirs de plaisanciers ou de fonctionnaires. Vivent
ces "souvenirs" de Tahiti !
|