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William Alister MAC DONALD : un aquarelliste nonagénaire

Cet artiste, né dans la patrie des Constable, des Bonington et des Turner, la terre d'élection des grands aquarellistes modernes, aimait à dire que Tahiti était pour lui le "Paradis des aquarellistes".

Un écossais, fils de pasteur. Ecolier, l'instituteur d'un quartier d'Aberdeen lui montra comment on s'y prenait pour exécuter une aquarelle. Cette première leçon devait le mener fort loin.  Orphelin, son tuteur le place dans une banque à Londres. C'est pour lui l'occasion de suivre les cours du soir à la School of Arts de St Martin.  Il profite de ses week-end pour aller laver des aquarelles dans le district des lacs. Il est attiré par l'eau. De fil en aiguille, le voici embarqué sur un terre-neuvas. Il en tire un reportage illustré sur la pêche à la morue que le London Illustrated News accepte. Il touche pour cela une noble rétribution de 11 guinées, le premier argent qu'il gagne par son pinceau ! Il a bientôt la chance de pouvoir accrocher une aquarelle du pont de Blackfriards, sur la Tamise, à une exposition de la "Royal Academy". Elle mérita les éloges de George Moor, le critique d'art du Times. Le voilà lancé. Une quinzaine d'années il vivra au coeur de la Cité, professant son art et peignant à son gré. C'est au cours de cette période qu'il exécute peintures et dessins qui seront publiés en 1917 sous le titre London Recalled, un très bel ouvrage d'art, dont le grand écrivain anglais E. Beresford Chancellor avait accepté de commenter les illustrations. Bon nombre des aquarelles figurant dans ce livre, exposées à la Cité, figurent aujourd'hui dans les collections Guildhall Art Gallery.

Mac Donald circula, alors, son pinceau à la main en France, en Italie, en Sicile. Il aimait aussi s'installer à bord d'un tramper pour jouir en peintre des choses de la mer. Ainsi, après la première guerre mondiale, mit-il le cap sur la Nouvelle-Zélande, Il n'y parvint du reste pas, semble-t-il. Une escale à Tahiti l'ayant retenu en 1921 sur cette terre qui allait devenir sa seconde patrie et dont le ciel, les lagons et les montagnes l'enthousiasmèrent. Ce qui nous permet de le classer parmi les artistes qui auront été comme ensorcelés par Tahiti. Ensorcelé jusqu'à son dernier souffle.

Plus de vingt ans de présence dans l'archipel, en trois  séjours, font de Mac Donald un peintre de Tahiti à part entière. D'humeur assez vagabonde, il habita dans tous les coins de l'île, à Patutoa, puis à Pirae, à Paea aussi. Il circula dans les archipels, alla passer une saison de plonge aux Tuamotu pour y visiter les îles basses. Volontiers il demandait l'hospitalité à ses amis Hall et Nordman à Pao Pao. Moorea sera sa dernière escale. C'est là qu'il s'installera en 1951 et où la mort viendra le prendre à 95 ans, alors qu'il peignait encore malgré une vue défaillante.

Uniquement intéressé par son art, Mac Donald était un homme d'humeur paisible et de moeurs simples. Il vivait en communion avec la nature, détaché des biens de ce monde. Au directeur de l'Artist Fund, qui, sur la fin de ses jours proposait à ce vieillard de 90 ans une aide matérielle, il répondait :"Tant que j'ai six mois d'avance, je n'ai besoin de rien." Même à la fin de ses jours ses aquarelles "partaient" bien.  Touristes, européens ou indigènes, chacun était content de retrouver un paysage familier qu'on avait souvent vu faire.  Par ailleurs, il n'avait pas de grosses prétentions financières. Dans les années trente, Mac Donald demandait de 150 à 300 francs pour une aquarelle, c'était donné. Après sa mort on les payait déjà dix fois plus. Et aujourd'hui !

Envoûté par Tahiti, Mac Donald avait comme la religion de sa lumière et de son atmosphère. Mais il considérait les couleurs à l'huile comme trop criardes, trop violentes pour rendre ce que lui inspiraient les spectacles qu'il avait sous les yeux et, sans trêve ni relâche, il s'efforçait de reproduire l'incessante mobilité et jusqu'au frissonnement de la lumière sur les choses, les moindres vibrations d'un paysage, les nuances les plus furtives de l'atmosphère. On croit reconnaître dans ses meilleures oeuvres le bruit de l'eau sur la plage, le souffle de l'alizé dans les nuages, le cri d'un oiseau de mer qui balaie d'une aile rapide la surface du lagon.

L'aquarelle ! Il aime le moyen d'expression direct et immédiat qui autorise la notation quasi instantanée d'une impression, sa rapidité, sa légèreté, sa souplesse et sa fraîcheur aussi, et la franchise de ses coloris. Car l'emploi de tons purs, intenses, à touches denses, lui permet aussi de puissants effets. Oui, Mac Donald est un remarquable aquarelliste, technicien consommé en même temps qu'artiste sensible et délicat. Il est aussi à son aise dans la fantasmagorie lumineuse d'un coucher de soleil derrière Moorea que dans la hardiesse tragique et austère de la baie de Cook.

Il a du laisser des oeuvres nombreuses. Que sont-elles devenues ?

Avec son insouciance d'enfant trop gâté par les dieux quotidiens et sa négligence congénitale du passé, Tahiti n'a jamais songé à recueillir une seule "série" d'aquarelles de Mac Donald. On devine ce qu'auraient pu nous apporter des vues comparables de telle baie ou de telle plage, de telle vallée ou de tel motu effectuées par l'artiste sous des éclairages différents, aux clartés mouvantes du soleil ou sous les pâles reflets immobiles de la lune, à toutes les heures du jour ou de la nuit, par tous les temps. Ne rêvons pas. Aucune "série" de Mac Donald n'a été conservée à l'instar de certaines "suites" de Monet.  Toutes ses aquarelles s'en sont allées se perdre, de droite ou de gauche, selon leurs destins individuels, souvenirs de plaisanciers ou de fonctionnaires. Vivent ces "souvenirs" de Tahiti !