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L’
AME
DES MARQUISES
Il
existait une sculpture maohi autrefois. Elle était sacrée, guerrière
ou participait de la vie quotidienne. De ce passé traditionnel a resurgi
depuis quelques décennies une sculpture désormais décorative, mais
qui n’ a perdu ni la force, ni l’authenticité de son ancêtre.
Malgré
un embryon de renaissance aux îles Australes, où les gravures
traditionnelles
sont très élégantes et fines, la sculpture maohi moderne reste
surtout marquisienne. On dénombre environ une centaine d’artisans
sculpteurs aux Marquises et une école de sculpture a vu le jour à
Taiohae, chef-lieu de l’archipel, dans les années 80. A Tahiti,
l’essentiel des objets disponibles sur le marché provient
d’ateliers animés par des Marquisiens vivant dans la grande île.
Cette
sculpture est fortement inspirée du passé. Les artisans s’efforcent
le plus souvent de reproduire les objets anciens avec autant de fidélité
que possible.
La
matière première est la même que jadis. Ce sont ces arbres magnifiques
des forêts marquisiennes qu’une mauvaise gestion à malheureusement
mis en danger. La sculpture sur pierre est pratiquée, mais c’est
surtout le fait d’ artistes isolés. Le bois est de très loin le matériau
le plus utilisé par les artisans (voir a ce sujet p. 12)
Les
outils ont changé mais les méthodes restent ancestrales. Là où il
n’y avait jadis que pierre ou corail taillés, dents de rat et peau de
requin, on utilise aujourd’hui scies électriques, gouges, limes et
papier verré. On gagne donc du temps, mais c’est pour produire plus.
Car, la sculpture marquisienne est appréciée. Même à prix élevé,
les plus belles pièces s’arrachent immédiatement dès l’ouverture
des expositions. Les spécialistes sont peu nombreux et le marché
potentiel considérable.
L‘inspiration,
elle aussi demeure traditionnelle. Les objets sculptés sont ceux des
rituels sacrés (tiki), de la guerre (casse-tête, lances, “haches”)
et de la vie de tous les jours. On sculpte ainsi des instruments de
musique (toere
pahu, haatete, ukulele),
des ustensiles de cuisine (umete ou plat à fermenter le popoi
pâte de fruit de l’arbre à pain fermentée), des objets servant ou
transport (selles de cheval, pirogues e pagaies).
De
nos jours la sculpture s’exerce aussi sur des panneaux muraux, sur des
piliers d’habitations ou d’hôtels, sur des meubles qui n’existaient
pas dans les temps anciens.
Quant
aux motifs décoratifs, ils sont très spécifiques de chaque archipel. On
possède beaucoup de ces motifs sur des objets anciens ou recueillis par
les ethnologues et publiés dans des ouvrages prisés par des artisans
soucieux de les reproduire dans toute leur authenticité. La gravure est
très riche. En général, toute la surface disponible des objets en sera
couverte.
La
sculpture constitue un élément fondamental de l’enseignement dispensé
aux élèves du Centre des Métiers d’Art de Papeete. Les jeunes gens
montrent un grand intérêt pour cet artisanat renaissant et plein
d’avenir.
LE
BOIS
ESSENCE DE LA SCULPTURE
Les
sculpteurs, charpentiers, menuisiers et ébénistes polynésiens
disposent d’une gamme relativement étendue de bois pour exercer leur
art. Environ une dizaine d’essences locales sont utilisées, certaines
plus que d’autres. Ainsi le miro
(bois de
rose) et surtout le tou sont les bois les plus recherchés
par les sculpteurs. Malheureusement, une gestion des ressources entraîne
la raréfaction de certaines espèces. Il faut environ cinquante ans pour
obtenir un miro de taille exploitable en artisanat.
Le santal, autrefois répandu aux îles Marquises, est à présent
très rare. Les artisans travaillent également l’acajou plus récemment,
le maru maru, un arbre assez répandu à Tahiti dont on peut
admirer de magnifiques spécimens à l’avenue Bruat à Papeete.
D’autres
bois sont également utilisés pour des activités traditionnelles comme
le cocotier dont les noix, évidées, polies et parfois
gravées, servent à maints objets artisanaux ainsi qu’à
certains éléments des costumes de danse traditionnelle (soutien-gorge
par exemple). Dans les temps anciens, ces coques étaient même utilisées
en chirurgie pour la réduction de fractures crâniennes. D’une manière
générale, le cocotier a toujours été un arbre fétiche pour les Polynésiens
qui tressent ses feuilles (niau) pour couvrir leurs maisons, mange ses
fruits et son cœur, en tirent de i’huile (monoï) aux vertus médicales
et cosmétiques, etc…
De
grands espoirs sont fondés sur le développement de l’utilisation du
bois de cocotier en menuiserie et en ébénisterie.
Le
tamanu (ou ati) est un très bel arbre au bois imputrescible devenu assez
rare en raison d’un abattage incontrôlé. Il servait aux Tahitiens à
la confection des grandes idoles des marae (sites sacres) royaux. On
l’utilise encore parfois pour la construction de pirogues ou la
fabrication de umete (plats) et de petits sièges.
Avec
le aito (arbre de fer), très dur et très commun en Polynésie, on
fabriquait des armes de guerre et des statues. Aujourd’hui, il est
encore utilise en charpente. Sur les marchés, de petits aito servent de
substitut au sapin comme arbre de Noël.
Autrefois,
le maiore (arbre à pain) servait à la construction des pirogues ou de
umete. On peut également fabriquer du tapa à partir de l’écorce intérieure
des jeunes branches.
Le
mara fournit un bois jaune, dur et très sonore utilise pour la
fabrication de tambours (tari parau) que l ‘on recouvre d’une
peau de requin. Le mara sert également de socle pour le battage du tapa.
Les pirogues et les umete pouvaient aussi être faits en mara.
Le
purau (ou burau) est un bois tendre et léger ayant de nombreuses
utilisations traditionnelles en artisanat, menuiserie et ébénisterie. Il
sert à fabriquer des éléments de charpente, des balanciers de pirogues,
des meubles, des membrures de bateaux, etc. |