Bien
avant l'arrivée des étrangers à Tahiti, les coquilles d'huîtres
récoltées par les indigènes leur servaient à faire divers
instruments, des ornements, mais surtout des leurres de pêche et
des hameçons. Au contraire, la perle, sans doute impossible à
percer, n'était pas mise en valeur. Aujourd'hui elle fait partie
des plus grands espoirs de l'économie du Territoire.
Au début du XIXe siècle l'utilisation industrielle de la nacre
pour la fabrication des boutons, absorbe près de 1500 tonnes
d'huîtres pêchées dans le monde. Vers 1850 la récolte diminua,
en partie du fait du ratissage des bancs par les navires
étrangers et locaux. A cette époque les lagons étaient si
riches d'huîtres nacrières de valeur, que des hommes pouvaient
en ramasser des centaines de kilos par jour, de l'eau jusqu'à
la ceinture.
Durant
des décennies la production demeura stable car, au fur et à
mesure de l'épuisement des zones faciles, les hommes
plongeaient plus profondément. Lorsqu'en 1955 le polyester
commença à être utilisé dans la boutonnerie, les cours
chutèrent. Mais peu à peu on constata l'impossible imitation
de la beauté de la nacre et une nouvelle demande, moins forte,
resta cependant constante.
C'était au cours de périodes précises appelées saisons de
plonge que la pêche était organisée.
Un plongeur pouvait descendre 100 fois par jour à plus de 40
mètres, mais l'exploitation étant réservée en principe à la
nacre, trouver une perle naturelle était exceptionnel.
Des populations entières se déplaçaient alors sur des atolls
souvent inhabités le restant de l'année.
L'huître perlière
Après avoir échappé à une très forte sélection naturelle,
l'huître se fixe sur divers supports morts. C'est encore l'une
de ses réactions de défense qui produit la perle.
Face à l'intrusion d'un corps étranger, petit parasite, ou
grain de sable, le manteau, organe sécréteur de la coquille,
va isoler l'intrus en formant autour de lui une couche de
nacre donnant ainsi naissance à une perle ou demi perle. C'est
en observant cette réaction que les Japonais mirent au point
la technique de culture aujourd'hui utilisée en Polynésie.
Au cours d'une véritable opération chirurgicale, le greffeur
introduit dans une partie précise du mollusque âgé de 3 à 4
ans, une petite bille d'os appelée nucléus, qui jouera le rôle
d'intrus. L'huître est ensuite accrochée sur sa plate-forme à
quelques mètres de profondeur durant plusieurs années.
La production perlière depuis 1972 nécessitant un
approvisionnement de plus en plus important en nacres vivantes
prêtes à la greffe, les stocks naturels du Territoire ont subi
une exploitation intense et amené la plupart des lagons à un
stade proche de l'épuisement.
Pourtant dès 1870, le gouvernement français envoyait un
biologiste enquêter sur la diminution des récoltes et proposer
des mesures, alors que les plongeurs ramassaient encore 200
kilos par jour. Ce chercheur déclara qu'il devait être
possible d'élever les huîtres en collectant le naissain sur
des supports placés dans l'eau au moment de la ponte.
L'expérience d'ailleurs se révéla concluante à l'époque. Mais
il fallut attendre 1954 pour que le service de la pêche
apporte son assistance technique. Cette méthode, couramment
adoptée dans les Tuamotu, accroît la production nacrière.
Un autre danger cependant menace l'huître aujourd'hui, avec
l'apparition en 1985 d'une maladie de la nacre. Selon les
chercheurs de l'ORSTOM, la pollution de certains lagons
producteurs serait à l'origine de ce mal. D'autres
scientifiques l'attribueraient à l'emploi de peintures
sous-marines de protection que portent les bateaux.
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